Ce 17 mai s’est tenue sur la Place de l’Hôtel de ville, la cérémonie départementale de commémoration de la bataille du 17 mai 1940 et, à travers elle, de la bataille de France de mai-juin 1940.
Devant l’œuvre « Résilience », commandée par le département, nous avons rendu hommage à celles et ceux qui, ici même, refusèrent la fatalité et choisirent le courage face à l’effondrement.
En présence de Fanny ANOR, préfète de l’Aisne, Pascale GRUNY, Sénateur, Nicolas FRICOTEAUX, président du Conseil départemental de l’Aisne, des conseillers départementaux et des maires du territoire, de Stéphane AUROUSSEAU, colonel de la gendarmerie de l’Aisne, cette cérémonie fut un moment de mémoire, de recueillement et de transmission.
Montcornet demeure le symbole d’une France qui résiste, qui reste debout malgré l’épreuve, et qui continue de défendre les valeurs de liberté, de fraternité et d’humanisme.
Parce que se souvenir, c’est aussi transmettre et rester vigilants face aux fragilités de notre temps, nous avons bravé, aux côtés des porte-drapeaux et anciens combattants, la pluie de ce 17 mai pour honorer la mémoire de nos soldats.
Voici le propos de Monsieur le Maire :
« Madame la Préfète,
Madame les Sénateur,
Monsieur le Président du Conseil départemental de l’Aisne,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes réunis ce matin, ici à Montcornet, devant l’œuvre « Résilience », commandée par le département de l’Aisne, pour commémorer la bataille du 17 mai 1940 et, à travers elle, la bataille de France.
« Résilience », il s’agit d’un mot fort. Un mot profondément humain. Un mot qui parle autant du passé que du présent.
La résilience, ce n’est pas oublier les blessures de l’Histoire. Ce n’est pas non plus effacer les drames, ni les souffrances. C’est trouver la force de continuer malgré elles. C’est transformer l’épreuve en mémoire. Et la mémoire en vigilance.
Ici, à Montcornet, cette mémoire est profondément ancrée dans notre histoire. Car c’est ici, sur cette terre de Thiérache, le 17 mai 1940, alors que la France vacille sous l’offensive allemande, qu’un homme refuse la fatalité.
Quelques jours plus tôt, le Colonel Charles de Gaulle reçoit le commandement de la 4e Division cuirassée de réserve, une division encore incomplète, formée dans l’urgence, avec des moyens dispersés. Face à lui, l’armée allemande progresse rapidement après avoir percé dans les Ardennes. Les routes sont encombrées par l’exode. Le doute gagne le pays. Beaucoup pensent déjà que tout est perdu.
Mais ici, à Montcornet, quelque chose va se produire. Dans le brouillard dense de l’aube du 17 mai, les chars français avancent. Ils attaquent les colonnes ennemies, frappent les convois allemands, ralentissent leur progression. Les combats sont violents. Des hommes tombent. Le commandant Bescond meurt au combat. Le lieutenant Henrion également. D’autres encore donnent leur vie sur cette terre.
Et pourtant, pourtant, malgré les pertes, malgré le manque de moyens, malgré le désordre d’une armée en pleine débâcle, cette contre-attaque réussit l’impensable : elle ralentit l’ennemi. Montcornet devient alors bien davantage qu’un épisode militaire. Montcornet devient un symbole.
Le symbole d’une France qui refuse de céder. Le symbole d’une volonté qui demeure intacte lorsque tout semble s’effondrer. Le symbole d’une espérance qui refuse de mourir.
Dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle écrira plus tard, à propos de Montcornet : « Ce que j’ai pu faire par la suite, c’est ce jour-là que je l’ai résolu. »
Oui, ici même, à Montcornet, naît déjà l’esprit qui conduira quelques semaines plus tard à l’Appel du 18 Juin.
Ici prend racine cet esprit de Résistance qui allait traverser toute la France.
Car la Résistance n’est pas née seulement d’un appel lancé à Londres. Elle est née d’abord d’un refus intérieur. Le refus de la résignation. Le refus de l’abandon. Le refus de considérer la liberté comme définitivement perdue.
Et cet esprit-là, cet esprit de Résistance, fut d’abord un esprit de résilience. Résilience de soldats qui continuaient à se battre malgré la défaite qui semblait inévitable, de familles plongées dans l’angoisse et l’exode ou encore d’un peuple qui, au cœur de l’épreuve, trouva la force de croire en la France.
Derrière les noms gravés devant cette œuvre, il y avait des vies, des visages innocents, arrachés à leur histoire, des parents meurtris, des projets de vie simples, à jamais anéantis, des rêves interrompus et transformés en cauchemars par la guerre.
Et aujourd’hui, alors que disparaissent peu à peu les derniers témoins de cette époque, il nous appartient de transmettre cette mémoire aux jeunes générations. Non pour entretenir la peur, mais pour rappeler où peuvent conduire le fanatisme, la haine, l’antisémitisme et le rejet de l’autre. Car notre époque connaît elle aussi ses inquiétudes.
Depuis plusieurs années, la guerre est revenue sur le continent européen. Les tensions se multiplient. Les équilibres se fragilisent. Face à cela, les cérémonies comme celle d’aujourd’hui, du 15 mai à Brunehamel ou encore de cette fin de matinée à Dizy-le-Gros, ne sont pas de simples rendez-vous du souvenir. Elles nous rappellent ce que coûte la paix, ce qu’exige la liberté et surtout que rien n’est jamais définitivement acquis.
Dans un monde de l’instantanéité, où l’émotion chasse l’émotion, où l’on oublie parfois la fragilité de nos démocraties, ces instants de recueillement nous obligent à réfléchir à l’essentiel. D’abord, à ce qui nous unit, à ce contrat Contrat Social qui nous rassemble, à ce qui fait société, et en somme, à ce qui fait Nation.
A travers l’esprit du 17 mai 1940 survivent l’humanisme, la solidarité, la fraternité, le respect de la dignité humaine et plus que tout, la liberté. Ces valeurs ne sont ni anciennes ni dépassées, elles demeurent toujours notre boussole.
Montcornet n’oublie pas. Montcornet continuera de faire vivre cette mémoire avec fidélité, mais aussi avec la volonté constante de regarder vers l’avenir. Parce qu’au fond, la plus belle manière d’honorer celles et ceux qui ont traversé l’épreuve de la guerre, ce n’est pas seulement de se souvenir d’eux. C’est de continuer à défendre, chaque jour, ce pour quoi ils se sont battus, et qu’ils nous ont légué.
Et peut-être que la plus belle leçon de cette œuvre « Résilience », est précisément celle-ci : malgré les blessures de l’Histoire, malgré les épreuves, malgré les drames, il est toujours possible de rester debout, ensemble. Voilà l’esprit de Montcornet, l’esprit de Résilience.
Vive Montcornet !
Vive la République !
Vive la France ! »